La réputation des jeux vidéo est souvent entachée par de nombreux a priori tenaces. Voici les cinq principaux que nous avons compilés pour vous.

Premier cliché : l’altération de la vision

Eh bien oui, si on joue trop intensément devant un écran, nos yeux s’abîment. Mais cela n’est pas directement lié aux jeux puisque l’on parle du temps d’écran. Les tablettes, les téléphones et les télévisions restent des facteurs de fatigue oculaire importants, surtout s’ils sont utilisés dans des conditions de faible luminosité. Des chercheurs ont toutefois montré qu’une utilisation raisonnable dans un environnement suffisamment éclairé pouvait se montrer bénéfique pour l’acuité visuelle et la distinction des contrastes. Des travaux menés par la chercheuse en neurosciences Daphné Bavelier montrent qu’une différence significative peut être obtenue en seulement quelques semaines de jeu. Elle explique lors d’une conférence TED en date du 19 novembre 2012 que les gameurs présenteraient une meilleure vision que les personnes qui jouent peu : “Ils ont la faculté de discerner de petits détails ce qui leur permettrait de lire les petits caractères sur une ordonnance sans utiliser une loupe. Par ailleurs, les joueurs peuvent distinguer plusieurs niveaux de gris.” Daphné Bavelier pense pouvoir développer un jeu vidéo qui rééduquerait le cerveau de patients ayant une mauvaise vue.

Voilà qui remet en cause le premier préjugé !

Une stimulation visuelle dans de bonnes conditions permettrait d’augmenter le champ de vision et de mieux discerner les contrastes.

Deuxième cliché : les jeux vidéo rendent bête

En octobre 2014 sur France Inter, l’ancienne nageuse française Laure Manaudou critiquait les jeux vidéo. “J’ai toujours été contre les jeux vidéo et je n’en ai jamais eu. C’est s’abrutir devant la télé, alors qu’il y a des gens à côté à qui parler.” Pourtant de nombreuses études prouvent que cette idée est erronée. Molecular Psychiatry publiait en 2014 une étude démontrant qu’après une utilisation régulière de Super Mario 64, des joueurs connaissaient une augmentation de matière grise dans l’hippocampe droit. Cela signifie que jouer a permis d’améliorer les capacités d’orientation spatiale, la mémoire et même les fonctions motrices des personnes étudiées. Plus elles jouaient et plus leurs capacités s’amélioraient. D’autres études montrent également une amélioration des réflexes, de l’attention et de la concentration. C’est le cas (encore) de Daphné Bavelier qui a soumis son auditoire à une petite expérience. Le but est de crier rapidement la couleur du mot qui est affiché sur un écran et non le mot en lui-même. Elle énonce que “le niveau d’attention détermine la rapidité avec laquelle on dissocie le mot de la couleur. Les joueurs qui s’entraînent à des jeux d’action sont plus rapides à réagir que les autres.” Par ailleurs des médecins de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière et de l’institut Claude-Pompidou ont mis en place un jeu vidéo qui permettrait de ralentir les effets de la maladie d’Alzheimer. Il améliorerait ainsi la concentration et l’attention des patients. Selon le groupe Almage, le jeu est disponible gratuitement pour les professionnels de santé. Et c’est sans parler des jeux d’entraînement cérébral du Docteur Kawashima !

Bref, c’est scientifique, les jeux vidéo ne nous abrutissent pas.

“Les jeux vidéo modernes demandent souvent aux utilisateurs d’être ingénieux et de trouver différentes façons d’accomplir une tâche. Cela montre que jouer à des jeux vidéo peut avoir un effet positif sur les jeunes adultes”, souligne Matthew Barr, auteur d’une étude menée par l’Université de Glasgow, en Ecosse, et publiée dans la revue Computers and Education.

Troisième cliché : l’addiction

En 2018, l’Organisation Mondiale de la Santé reconnaissait officiellement l’addiction au jeu vidéo comme une maladie. Elle définit le trouble sur son site et ajoute : “Le comportement doit être d’une sévérité suffisante pour entraîner une altération non négligeable des activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles ou d’autres domaines importants du fonctionnement, et en principe, se manifester clairement sur une période d’au moins 12 mois.” L’addiction au jeu vidéo est une addiction dite comportementale. Elle n’implique aucune substance chimique. Elle se caractérise par l’impossibilité de contrôler la pratique d’une activité selon la sécurité sociale. D’après les études, ce sont essentiellement les jeunes qui sont exposés à l’addiction aux jeux vidéo. Or sur le site de l’assurance maladie, le profil type d’une personne à risque est “un homme de 31 ans, sans emploi.” Dans tous les cas, une addiction pathologique grave au jeu reste rare puisque seulement “3% des Français présentent des risques d’addiction.” De plus, il est admis que l’addiction aux jeux vidéo nécessite au moins 30 heures de jeu par semaine. C’est bien plus que le temps consacré par les hardcore gamers à leur passion, à savoir entre 18 et 20 heures par semaine.

On ne devient pas addict du jour au lendemain. Il faut surtout réguler le temps de jeu et s’interroger sur l’impact psychologique du jeu sur notre humeur.

L’addiction se définit comme un besoin persistant de consommer une substance ou de pratiquer une activité, au détriment des autres formes d’occupation.

Quatrième cliché : le gaming est une affaire d’homme

Médiamétrie a partagé le 9 décembre 2020 une étude sur les jeux. Cette organisation, qui mesure l’audience et l’usage des médias audiovisuels et en ligne, a constaté que parmi les joueurs réguliers, 57% sont des hommes et 47% sont des femmes. Vous vous attendiez peut-être à une différence faramineuse, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Même si elles constituent la moitié des esportifs, les femmes restent tout de même invisibles. Pourquoi ? Selon un sondage réalisé courant mai 2020 par THE LAG, l’annuaire esport français, “61.3 % de leurs sondés affirment avoir déjà été victimes, ou avoir déjà été témoins, d’actes malveillants à l’encontre de femmes au sein du milieu esportif.” Et “77.3 % estiment qu’une femme esportive – ou pas – se mettant en avant sur un réseau tel que Twitch s’expose massivement à des provocations, du manque de respect et autres actes discriminatoires en raison de son sexe.” Ces statistiques démontrent l’existence d’un malaise qui pourrait potentiellement expliquer pourquoi le public féminin reste discret.

L’univers gaming n’est pas entièrement réservé aux hommes même si une certaine masculinité toxique reste bien ancrée.

À ses dix ans, l’esportive Kayane était déjà double vice-championne de France sur SoulCalibur et Dead or Alive 2. Facebook | @Kayane

Cinquième et dernier cliché : les jeux vidéo sont un nid à criminels

C’est connu, les jeux ont façonné les plus grands tueurs de l’histoire comme Richard Trenton Chase, surnommé le “Vampire de Sacramento” car il buvait le sang de ses victimes, ou encore Andrei Chikatilo, aussi appelé “l’Éventreur Rouge.” Cette mauvaise image a la peau dure mais ce que l’on oublie de préciser, c’est que 80% de la population française est joueuse. Grosso modo, un esprit machiavélique sommeillerait chez 8 français sur 10. Je vous conseille donc de dormir avec une arme sous l’oreiller. Plus sérieusement, une étude scientifique publiée dans Molecular Psychiatry le 14 mars 2018 conteste l’influence des jeux vidéo sur le niveau d’agressivité des joueurs. Pour réaliser l’expérience, la professeure en psychologie Simone Kühn a réuni pendant deux mois 77 cobayes. Ces derniers ont été divisés en groupes. Un premier bloc était exposé à GTA V, un second s’amusait avec Les Sims 3 et une dernière division ne jouait à aucun jeu. Pour prononcer un résultat, les chercheurs se sont basés sur différents facteurs. Selon Le Monde, ils ont pris en compte “le niveau d’agressivité, d’empathie, d’impulsivité, d’anxiété, l’humeur, et le contrôle de soi des participants.” Finalement, les chercheurs n’ont trouvé aucun changement dans chacun des trois groupes.

Vanessa Lalo, psychologue clinicienne et spécialiste des comportements numériques, a expliqué pour FranceCulture : “les études ne montrent pas de lien de causalité entre un jeu violent et un comportement violent.”

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