A bord des Drakkar norvégiens, Ubisoft a mis de nouveau les voiles vers de nouvelles contrées historiques.

Deux ans plus tôt, après un break salutaire, la saga célèbre de la compagnie d’Ubisoft avait entamé une reconversion, un nouveau cap entrepreneurial avec l’épisode Origins, qui n’a jamais aussi bien porté son nom. L’idée était d’en finir pour de bon avec l’excès d’opportunisme, avec une sortie de jeu annuelle, et de briguer un peu plus vers les horizons du genre du monde ouvert (The Witcher 3 : Wild Hunt en est aujourd’hui sa référence). C’est une façon pour les développeurs d’essayer de se réinventer et d’accompagner les joueurs vers d’autres expériences. Après une nouvelle année de production et d’attente, Assassin’s Creed Valhalla confirme cette orientation délaissant les bases posées par le tout premier Assassin’s Creed. Mais est-ce suffisant pour parler de renouvellement total avec cet opus ? Cap sur Assassin’s Creed Valhalla.

Une réussite technique pour la next-gen !

Il est important de souligner qu’Assassin’s Creed Valhalla signe encore une nouvelle étape dans l’univers technique des jeux vidéo next-gen. Nous avons pu tester Assassin’s Creed Valhalla sur PC, mettant à jour toutes les meilleures capacités techniques qu’une machine peut afficher. Si le titre paye parfois son statut de jeu « entre deux générations » sur certaines textures moins fouillées, force est de reconnaître qu’il affiche un rendu sublime digne des dernières technologies. Il suffit d’apprécier la profondeur de champ, les éclats de soleil, les fines particules des vastes brumes des terres anglaises pour avoir l’impression d’une perte de vue. C’est assez prodigieux, sachant que la société française aime se concentrer sur les décors, et petits détails comme les animaux, particules et éclairages réalistes. Le PC  permet à Assassin’s Creed Valhalla de respirer, mais les consoles doivent sans nul doute être de taille en proposant désormais des “framerate” stables allant jusqu’à 60 images par seconde. Cela permet de garantir une fluidité impeccable lorsque la caméra doit tourner. La réussite technique d’Assassin’s Creed Valhalla est rarement entachée, et Ubisoft confirme que les développeurs d’aujourd’hui s’accordent à être le plus fin possible pour apporter le maximum de confort visuel. Les détails doivent cependant se jouer sur certaines finitions, comme les visages ou les vêtements des personnages.

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Un gameplay portant des standards actuels ; mauvaise chose ?

Au fur et à mesure que l’on gagne des points d’expérience, le viking Eivor est de plus en plus puissant : c’est le principe même du RPG d’action standard. Longtemps, cette base a été retrouvée dans les plus gros hits pour attirer le plus de joueurs. Le niveau sert d’indice pour savoir si, oui ou non, on peut se rendre dans une région sans craindre la mort ou bien s’ il faut encore plus gagner d’expériences en remplissant des quêtes secondaires. À ce sujet, on retrouve une progression classique mais qui dans un sens n’empêche pas le joueur d’apprécier le jeu. Ubisoft ne révolutionne pas le genre et n’a pas cette ambition là. L’arsenal reste cependant varié et le joueur peut toujours se retrouver : hache, hachette, épée, lance, arc etc. Là encore, la formule est rodée et Assassin’s Creed Valhalla s’en remet à un cahier des charges attendu, et qui n’est pas forcément mauvais. Cela implique cependant un manque de renouveau, et il est difficile de révolutionner le genre. Les phases de conquête n’ont rien d’exaltant mais permettent d’accentuer l’immersion qui reste malgré tout efficace : on arrive dans un village ou un château et on remplit les quêtes annexes pour conclure le siège, l’ambiance faisant le reste. Assassin’s Creed Valhalla est à son meilleur quand il laisse au joueur le plaisir de la découverte. On parcourt une carte  beaucoup moins étendue que celle d’Odyssey ou encore Black Flag . Il y a toujours quelque chose à voir dans Assassin’s Creed Valhalla et matière à s’étonner sur la faune et la flore intégrées par les développeurs. L’exploration est un peu plus dirigiste que les canons du genre, mais le blockbuster a pour lui ce sens inouï de la reproduction historique, qui rappelle qu’Ubisoft est maître dans l’art.

 

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Le pari (paradoxe ?) d’Ubisoft de réimager une anthologie

On connaît l’immense générosité d’Ubisoft quand il s’agit de remplir un monde ouvert, très souvent en copiant bêtement des tâches annexes un peu partout. Assassin’s Creed Valhalla ne déroge pas à la règle, ce qui lui offre une durée de vie immense dans un contexte historique inédit pour la franchise. À l’instar d’Odyssey, il tombe parfois dans l’accumulation de quêtes appartenant à divers arcs, jusqu’à risquer de perdre le joueur, mais c’est une volonté d’Ubisoft de respecter les codes existants des jeux à monde ouvert (peut être maladroitement ?). Entre l’invasion des territoires anglais, le voyage personnel d’Eivor et les cibles des Assassins à éliminer fait beaucoup pour un seul jeu. Assassin’s Creed Valhalla gagnerait sans doute à être moins dense et plus ramassé. Il peut donner  l’impression de s’éparpiller et peut décourager le joueur qui est habitué à quelque chose de plus linéaire de la part d’Ubisoft. Mais cela reste un reproche qui date déjà d’Assassin’s Creed Origins lors de l’apogée du monde ouvert.

On sent qu’Ubisoft veut occuper le joueur pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois jusqu’à la sortie du prochain jeu qui se situera encore dans une autre époque. Mais on garde l’impression que malgré l’envie de renouveler en se basant sur les standards actuels, la multinationale n’a pas hésité une seconde à recycler certaines idées du passé. Points de synchronisation pour révéler les trésors et artefacts, les chasseurs de prime qui sont difficiles à battre, les tombeaux, le camp principal à faire évoluer (qui rappelle les premiers gameplay d’Assassin’s Creed II et Brother Hood) sont ainsi de retour . De même, le retour des Assassins est apprécié, même si on se demande à l’heure actuelle s’ il reste encore un quelconque intérêt à leur présence à part pour justifier le scénario du passage dans le temps. Le scénario du présent est un peu plus encourageant que lors des précédents opus, même si l’intérêt du joueur à jouer et suivre le scénario d’Assassin’s Creed ne se situe pas dans l’histoire moderne. Malgré ces petits défauts que l’on commence à connaître avec la saga et les productions d’Ubisoft, on ne voit pas les heures défiler dans l’aventure Viking. Il donne vraiment envie de porter l’armure et la hache et de jouer au jeu du petit conquérant. Mais ce jeu pour lequel diriger un barbare est une nouveauté veut-il dire qu’Ubisoft a déjà fait le tour de son concept d’origine ? Tel est le paradoxe.

Assassin’s Creed Valhalla délaisse volontiers l’ADN de la franchise en adoptant certains standards actuels qui peuvent marcher. Il s’en débarrasse en rattachant maladroitement certains wagons du train principal, preuve que la firme ne sait plus quoi faire des choses qui faisaient autrefois l’essence de la saga, et menant à un certain paradoxe. Bien que source de renouveau, de prouesse technique avec un gameplay faisant mouche, cet opus laisse un arrière goût de “non-accomplissement”. Preuve étant que le principe d’une franchise vidéoludique peut être remis en question : doit-on assumer pleinement l’originalité et briser les codes au risque de perdre son audience  ? Ou doit-on se laisser vaincre par la paresse et ne rien changer au risque que le public s’en lasse ? Tel est le “paradoxe d’une franchise”. Les prochaines suites confirmeront l’approche définitive de l’entreprise.

 

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