Le dictionnaire Larousse définit le sport comme étant une “activité physique visant à améliorer sa condition physique.” En ces termes, l’eSport ne devrait pas pouvoir être défini en tant que sport. Et pourtant…

Une très grande quantité de préjugés pèse sur les épaules des jeux vidéo. Même si le domaine vidéoludique traîne des boulets à sa cheville, l’eSport est reconnu en France comme un sport. Des effets bénéfiques, prouvés scientifiquement, peuvent être tirés en jouant devant un écran (vous pouvez consulter notre précédent article qui parle de cela). Pourtant l’univers gaming reste le vilain petit canard de la sphère sportive. Sur quelle notion faut-il donc s’appuyer pour considérer une pratique comme un sport ?

Ingo Froboese, directeur de recherche à l’université du sport de Cologne, explique lors d’un reportage sur Arte que l’eSport “dans certaines situations de jeu, la fréquence cardiaque d’un joueur peut monter jusqu’à 140 battements par minute. C’est l’équivalent du rythme cardiaque d’un sportif lors d’un entraînement intensif.”

Le sport, ce brûleur de graisse

Pour qu’une personne change sa vision sur une activité, faut-il que cette dernière fasse perdre une quantité de calories donnée ? Si l’on se penche quelques instants sur les différents sports, on peut se rendre compte que certains ne demandent pas énormément d’efforts. Comme le golf. On ne peut pas dire qu’il soit un sport où l’on se dépense intensément à l’instar du handball par exemple. Malgré cela, le golf est reconnu par le Comité International Olympique (CIO) comme un sport olympique et fait même partie des sports d’été aux JO. Si on part de ce postulat, pourquoi le golf serait-il plus méritant que l’eSport ? Pour Thomas Charlot, un Marseillais passionné de jeux vidéo, “enchaîner des parties de jeu est quelque chose de très physique.” En effet, qui ne ressortait pas éreinté après une séance cardio de 30 minutes sur Just Dance ? Malgré tout, les Français ont du mal à considérer l’eSport comme un sport.

Dans ce cas, la dépense énergétique n’est peut-être pas LA notion qui pousse les citoyens à voir l’eSport comme un sport. Essayons alors autre chose.

Le taux de cortisol (l’hormone du stress) d’un eSportif est similaire à celui d’un footballeur lors d’un tir au but.

Quid du sport cérébral ?

Si le critère du nombre de calories dépensé ne fait pas d’un sport un sport à proprement parler, alors on peut se pencher sur un critère plus intellectuel. On classe généralement les sports dans plusieurs familles : sports de combat, sports aquatiques, sports en équipe etc. Aux côtés de ces sacro-saintes rubriques, on retrouve les sports d’esprit aussi appelés “mind games.” Ce sont des sports qui demandent à réfléchir et mener une tactique. Le dictionnaire définit le jeu d’esprit comme “un jeu qui a pour but de mettre à l’épreuve la finesse de jugement et la vivacité intellectuelle des joueurs.” Les échecs font partie de la classe des sports d’esprit et ont été reconnus en tant que sport par le CIO en 1999. La définition étant posée, on considère à juste titre que l’eSport est un jeu d’esprit. Il demande “de l’entraînement, des réflexes, de la concentration et du mental” explique Thomas. Cependant l’eSport reste un sport mal-aimé. Tout comme les échecs d’ailleurs. Des joueurs qui repartent dégoulinant de sueur de leur échiquier ne doivent pas suffire à considérer la pratique comme un sport. Si l’on pousse le raisonnement un peu plus loin, pourquoi le footing est-il perçu comme un sport alors ? Courir sans but précis est-ce suffisant pour parler de sport ? Notre Marseillais ne pense pas de la sorte. Pour lui “il y a de l’esprit dans tous les sports.”

D’un côté on retrouve de la transpiration et de l’autre un cerveau en ébullition. Et si on mélangeait les deux ?

Ingo Froboese estime que l’eSport est le sport des générations à venir.

Un esprit sain dans un corps sain

Il existe un sport qui mélange performance physique et capacité intellectuelle. Il s’agit du chessboxing. Les règles sont très simples : des rounds de boxe anglaise et des parties d’échecs se succèdent. Une savante alliance mêlant le corps et l’esprit. “Mens sana in corpore sano” paraît-il. Avons-nous atteint ici un paroxysme sportif ? Dans tous les cas, il semblerait qu’une distinction entre sport classique et eSport soit de mise. Thomas s’accorde sur cette différenciation mais insiste néanmoins sur un point important : “Le sport nécessite une capacité physique plus importante que l’eSport. En revanche, ce dernier demande des mécaniques similaires à celles d’un sport traditionnel. Les compétitions, même si elles sont seulement numériques, restent des compétitions.” Évidemment, si l’on met une manette de console entre les mains de Cristiano Ronaldo et qu’on lui demande de battre un eSportif sur Fifa, pas sûr que le footballeur arrive à vaincre le gameur. Inversement, le joueur ne pourra pas faire face aux compétences physiques du professionnel du ballon rond. Le jeune homme conclut avec cette remarque pertinente : “Chacun dans son domaine est le meilleur parce que le sportif a développé des compétences propres à son activité.”

L’eSport est un sujet qui divise énormément la population. Il n’entre pas dans la catégorie des sports conventionnels mais en reste tout de même un. La notion de sport est donc modulable et sa définition s’adapte à l’idée que se fait une population à un moment donné et à une époque donnée. Finalement, on peut tous s’accorder sur la description réalisée par Thomas : “Un sport est une activité que l’on répète sans cesse pour gagner en niveau et devenir le meilleur.

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