L’industrie du jeu vidéo va mal ? Bibi300, vidéaste amateur depuis 2006, livre sa vision générale de ce milieu ainsi que de ses défauts qui pourraient compromettre son avenir.

En tant que très ancien vidéaste qui livre sa passion depuis plus d’une dizaine d’années, votre vision personnelle du jeu vidéo a-t-elle changé après tout ce temps ?

Bibi300 : Pas vraiment. Je n’ai pas l’impression qu’elle a changé. Mais elle a évolué. J’ai évolué avec le temps, là où par exemple quand j’étais plus jeune j’allais sur des jeux un peu plus “mainstream”. Je ne vais pas dire que je ne jouais qu’à ça. Mais cela m’a conditionné à privilégier les jeux en “solo” (God of War, TLLOU). Bref, tous ces jeux qui veulent raconter quelque chose, qui vont te mettre dedans et qui vont même te “mettre des gifles”. Après autant d’années de création et de tests sur les jeux, je dirai tout simplement que j’ai évolué avec le jeu vidéo.

L’industrie du jeu vidéo s’amplifie. Elle accroît ses créations et certains joueurs semblent étouffés face au nombre exponentiel de nouvelles œuvres. Partagez-vous ce sentiment ?  
 Bibi300 : C’est vrai que de plus en plus de jeux sortent avec un rythme assez élevé. Je me souviens même de l’époque où il n’y avait qu’un “gros jeu” par semaine qui sortait. Je ne suis pas forcément d’accord sur le terme “étouffement”. Cela dépend du mode de consommation. Quelqu’un qui va consommer énormément va peut être se sentir étouffé car il a envie de jouer à de nouvelles aventures pour être soit dans l’ère du temps ou soit parce qu’il aime consommer du jeu comme si il consommait un Mcdo ou un KFC. Pour prendre mon exemple, je n’ai pas l’impression de me forcer à faire les jeux à chaque fois qu’ils sortent. Je prends mon temps. On consomme en fonction de ce qu’on attend d’un jeu. Peut être que certains auront moins envie de jouer à d’autres jeux beaucoup plus chronophages mais qui ne les intéressent pas. Et a contrario, on peut tomber sur quelqu’un qui aime jouer juste pour passer le temps. En clair, cela dépend vraiment de la personne.
Au sein de cette industrie, doit-on blâmer certaines personnes pour certains ratés comme on a pu voir avec certains scandales ? (Développeurs, producteurs, éditeurs)
 Bibi300 : Cette question revient souvent, notamment depuis le scandale de CyberPunk 2077. Je pense qu’il faut surtout blâmer un ensemble. L’univers du jeu vidéo a évolué de manière rapide. Peut être même trop rapide. De plus en plus de joueurs sont de plus en plus “excités” et ont peut être la volonté d’avoir les jeux très rapidement sous la main. Si on laissait plus de temps aux développeurs, cela serait une bonne chose. Mais ces derniers ont aussi une pression (avec des impératifs de date par exemple). Ils ont à la fois la pression des joueurs, des producteurs et des actionnaires. On a adopté des codes qu’on ne veut plus voir aujourd’hui, comme par exemple mettre de côté sa santé plutôt que de se voir prendre le temps de développer son jeu. Il faut revenir à quelque chose de plus simple. Il faut laisser ce temps, qui est important pour avoir un jeu beau et intéressant. Il faut de la patience du côté des joueurs, laisser le temps aux développeurs et peut être revoir les ambitions un peu à la baisse. C’est une réflexion qu’il faut adapter pour éviter des futurs scandales.

Malgré l’année 2020, quel résumé concret pourriez-vous faire sur l’évolution de cette industrie ? Cette année a-t-elle été celle de tous les changements ?
 Bibi300 : Cela a été l’année où on a le plus consommé. Car le jeu vidéo est une “valeur refuge”. Que voulaient les joueurs en mars pendant le premier confinement ? Jouer à Animal Crossing. Ils voulaient un jeu qui faisait tenir pendant que l’on n’avait pas d’autres choix que d’attendre. C’était une chose intéressante car jamais le jeu ne s’est aussi bien porté que maintenant. Même si cela a créé des problèmes avec les développeurs (comme l’augmentation du temps de développement), l’année a été tellement spéciale et complexe que cela a aussi permis de montrer que le jeu vidéo était peut être une espèce d’exutoire. L’année a été très dure pour beaucoup de gens. Et ne serait ce que s’évader dans un jeu qu’on aime a permis de montrer à quel point  le jeu vidéo avait pour seule volonté de leur faire passer du bon temps. Que l’on soit seuls ou à plusieurs. C’est ce qui fait sa marque. Ce sentiment de bien-être a été ressenti encore plus pendant cette année de Covid.
Le futur semble flou. Entre le phénomène de dématérialisation, les ratages des gros développeurs, les changements de stratégies marketing et de communication, faut-il avoir peur de la suite ?
Bibi300 : J’ai du mal à voir le futur du jeu vidéo. Mais je sais qu’avec la sortie des nouvelles consoles, le milieu va devoir montrer ce qu’il est capable de faire. C’est un secteur qui peut montrer énormément de belles choses. Il y aura toujours des dérives comme dans tout milieu culturel, et cela sera toujours compliqué. La façon de consommer du jeu vidéo ne sera peut être plus en adéquation avec les attentes des joueurs. Cela va être le moment de proposer des expériences encore plus fortes et impactantes. Avec la nouvelle puissance des machines, cela peut être très intéressant. Les joueurs devront faire la part des choses et faire attention avec les communications qui risquent d’être un peu trop parfaites alors que ce n’est généralement pas le reflet du produit final. Tout reste à faire, et cela sera peut être la bonne période pour montrer tout cela sous la plus belle des manières.