Un jeune japonais, décide de changer de carrière pour se lancer corps et âme dans le jeu vidéo.

Miyazaki a vu dans le travail du game développeur Fumito Ueda une sorte de fenêtre ouverte dans le cortex de la création. Depuis, il a creusé son sillon. Voici le portrait de l’homme ainsi que de ses créations. À 29 ans, Hidetaka Miyazaki est à un tournant dans sa vie très banale de jeune japonais sans emploi. Après avoir fini le jeu “Ico” de Fumito Ueda, il a fini par être ébahi par un jeu dont la fin a une portée mélancolique. Bouleversé par une trentaine d’heures de jeux , pour la première fois, il a ressenti un sentiment étrange, un besoin viscéral de créer sa propre œuvre virtuelle. Même s’ il ne s’est jamais considéré comme quelqu’un de créatif. Il a fini par se dire qu’il avait un but à atteindre : se plonger dans un marché grandiose mais instable  : la création vidéoludique. Le doute ne traversait plus son esprit, sans se soucier d’un jugement d’une société japonaise si stricte envers ses travailleurs.

Graphique du jeu ICO de Fumito Ueda, l’oeuvre qui a inspiré le travail entier de Miyazaki (Source : SCE Japan Studio)

Après avoir postulé pour de nombreux postes de “game designers” il a fait forte impression chez “From Software” et devient rapidement un moteur du studio de développement important dans l’imagination sans faille du game design. Grâce à des lectures passées de livres d’aventure et de fantasy, il réussit à transformer des morceaux d’histoires banales en quelque chose d’efficace. Toutes ses années passées à lire des livres abîmés lui ont fourni une base d’information. Des groupes de développeurs vont alors lui confier le volant d’un jeu à part entière qui va marquer un tournant dans sa vie.

Son univers et son imagination débordante se concrétisent dans le monde vidéoludique

D’abord avec “Demon’s Souls”, l’aïeul hardcore et cryptique de la dynastie des Souls. Puis avec “Dark Souls”, qui va le révéler à la face du monde. L’infini solitude, le gigantisme architectural qui fait tourner la tête. Miyazaki va tout de suite saisir la puissance que dégage l’esthétique de la ruine, et l’attrait que peut susciter une approche presque occulte de l’expérience vidéoludique. Avec des concepts forts, un joueur peut sentir le désespoir et la grandeur. On peut lui faire goûter à toute l’angoisse existentielle et romantique qu’un récit fantastique peut générer. Malgré son aspect aride et solitaire, “Shadow of the Colossus” peut être l’un des premier jeux à faire croire qu’il y avait plus à chercher en lui que ce qu’il contenait réellement. Les œuvres sont une ode au mystère, et une forme indéfinissable de profondeur qui ont ouvert la porte à des expériences. Ce sont des formations presque spirituelles. Le gigantisme des créatures, le jeu entre la musique et son absence vient probablement de là. Ce qui est certain, c’est que ce créateur creuse un sillon particulier de notre imaginaire. Miyazaki a opté pour une folle complexité presque hermétique, doublée d’une aventure initiatique. L’univers de ces jeux appelle à une force, à un poison qui intoxique les joueurs à revenir et à intégrer une histoire qui semble hors de portée aux joueurs. L’univers des Souls est comme une cathédrale, une merveille du monde numérique que le temps ne fera que rendre plus fascinante. Les œuvres d’art les plus fascinantes réussissent à faire passer une marée de sentiments avec subtilité, sans même que la personne ne sache. Quelque chose qui rentre dans l’inconscient et réagit sans que la personne n’ait prise. L’expérience peut être une douche froide, si on n’est pas prêts à rentrer dans un monde mêlant l’hostilité et le merveilleux. Dès l’instant où une personne a le contrôle de l’avatar, on est perdu, abandonné dans une brume épaisse. Les jeux de Miyazaki offrent des cinématiques qui plantent seulement le décor.

Ses jeux poussent à explorer les profondeurs de l’esprit et à arpenter les labyrinthes de la création. Miyazaki répond à un désir de profondeur et de vertiges. Il parvient à enfermer quelque chose de ténébreux et magique dans un petit monde virtuel. Une énigme qui cherche à nous tuer pour garder son secret. Voici l’aventure où on est le héros dans l’univers d’un des plus grands maîtres de l’horreur.

From Software